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Avant le GPS, comment les marins se repéraient-ils sur le Bassin d’Arcachon ?

Avant Google Maps et le GPS, les marins lisaient le Bassin d’Arcachon autrement.
Aujourd’hui, un simple coup d’œil à l’écran GPS posé sur la console d’un bateau suffit pour savoir exactement où l’on se trouve. Il y a encore quelques générations, les marins, pêcheurs et ostréiculteurs du Bassin d’Arcachon n’avaient ni satellite, ni écran, ni voix électronique pour leur indiquer la direction.
Ils avaient mieux : leurs yeux, leur mémoire, et un paysage qu’ils connaissaient par cœur.
Une dune, un phare, une cabane sur pilotis ou même la couleur de l’eau devenaient alors un véritable GPS naturel.
Voici comment, pendant près de deux siècles, le Bassin s’est lu comme une carte grandeur nature. 
Pinasse traditionnelle naviguant sur le Bassin d'Arcachon au lever du soleil, avec la Dune du Pilat et le phare du Cap-Ferret en arrière-plan
Avant le GPS, le Bassin était une carte grandeur nature.

L’amer, le repère qui remplaçait le satellite

En navigation maritime, un amer désigne un point fixe et identifiable sans ambiguïté depuis la mer : un phare, une dune, un clocher, un rocher isolé ou une construction reconnaissable.

Ce nom n’a, malgré les apparences, aucun rapport étymologique avec l’adjectif « amer » (au goût âpre) ni avec le mot « mer » : c’est un terme technique de marine à part entière.

En haute mer, les étoiles et la position du soleil offraient un repère complémentaire pour garder un cap ; mais dès qu’on approchait des passes du Bassin, rien ne valait un bon amer côtier.

Concrètement, un marin isolé visait un amer connu au compas de relèvement et notait son azimut, ce qui lui donnait une droite sur la carte marine. En répétant l’opération avec un second amer, l’intersection des deux droites indiquait sa position exacte. Mieux encore : en maintenant deux amers parfaitement alignés à l’œil (un clocher devant un phare, par exemple), il pouvait suivre un chenal étroit sans dévier d’un mètre une technique toujours utilisée aujourd’hui à l’entrée de nombreux ports.

 

Sur le Bassin, cette lecture du paysage se combinait avec plusieurs autres indices :

  • la sonde, un plomb lesté au bout d’une ligne, pour connaître la profondeur d’eau sous la coque ;
  • l’état de la marée et la couleur de l’eau, qui trahit la présence d’un banc de sable ;
  • les cartes marines, mises à jour en continu depuis les premiers relevés hydrographiques de la Marine dans les années 1820-1830 ;
  • et surtout, la mémoire du lieu, transmise de génération en génération.

 

Sur le Bassin d’Arcachon, trois repères ont particulièrement marqué cette navigation à vue :

– le phare du Cap-Ferret,
– la Dune du Pilat
– et les Cabanes Tchanquées.

Le phare du Cap-Ferret, sentinelle lumineuse à l’entrée du Bassin

 

Dès 1792, l’idée d’un phare à la pointe de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret est évoquée, mais il faut attendre 1833 pour que l’administration des Ponts et Chaussées lance vraiment le projet.

La construction, confiée à l’entrepreneur Escarraguel selon les plans de l’ingénieur Deschamps, démarre en 1836 et le phare du Cap-Ferret entre en service en 1840. Haut de 47,7 mètres pour une élévation totale de 51 mètres, il est implanté volontairement en retrait de la pointe pour échapper à l’érosion.

Dans la nuit du 21 au 22 août 1944, les troupes allemandes en repli le dynamitent. Un nouvel édifice, repris presque à l’identique sur les mêmes plans, est reconstruit entre 1946 et 1947 un peu plus loin sur la presqu’île, puis inauguré le 7 août 1949. Légèrement plus haut que l’original (52,1 mètres pour une élévation de 62 mètres au-dessus du niveau de la mer), il conserve sur son fronton les deux millésimes de son histoire : 1840 et 1947.

Automatisé depuis 1995 et classé monument historique en 2009, il guide encore les navires avec son feu à éclat rouge toutes les cinq secondes, visible jusqu’à environ 40 kilomètres au large.

Pour un marin du XIXe siècle, le phare n’était pas qu’un bâtiment : c’était une véritable balise mentale.

Sa hauteur, sa couleur, le rythme de son feu et sa position par rapport à la Dune du Pilat suffisaient à confirmer qu’on approchait bien de l’entrée du Bassin, et non d’un tronçon de côte trompeusement semblable.

 

La Dune du Pilat, une montagne de sable devenue repère

On pense souvent à la Dune du Pilat comme un site touristique à gravir pour le coucher de soleil.

Depuis la mer, elle a longtemps été autre chose : un amer naturel gigantesque, visible à des kilomètres, capable de guider un bateau bien avant qu’il n’aperçoive les autres repères du Bassin.

Sa formation s’étale sur plus de 4 000 ans.

Le sable est arraché au banc d’Arguin par les vents d’ouest à marée basse, puis transporté par la dérive littorale nord-sud jusqu’à s’accumuler contre le cordon forestier de La Teste-de-Buch. Mais la silhouette que l’on connaît aujourd’hui est en réalité assez récente à l’échelle de cette histoire : ce qu’on appelait encore la « dune de la Grave » n’atteint sa pleine ampleur qu’entre 1826 et 1922, et ne prend le nom de dune du Pilat qu’au tout début du XXe siècle. Les marins des siècles précédents composaient donc avec un relief plus modeste, en perpétuelle évolution.

Aujourd’hui encore, la dune bouge : sa hauteur, mesurée chaque année par l’Observatoire de la côte Nouvelle-Aquitaine, oscille selon les tempêtes hivernales entre 100 et 110 mètres.

Pour un navigateur, ce mouvement permanent imposait une règle simple : ne jamais se fier à un seul repère isolé, mais toujours croiser plusieurs amers pour confirmer sa position.

Les Cabanes Tchanquées, des repères plantés au cœur de l’eau

Perchées sur pilotis au milieu de l’Île aux Oiseaux, les Cabanes Tchanquées sont devenues, avec la Dune et le phare, l’un des motifs les plus reconnaissables du Bassin. Leur nom vient du gascon « tchanqué », qui signifie « monté sur échasses », en référence aux échasses utilisées par les bergers landais pour se déplacer sur les terrains humides.

L’histoire de ce site remonte à 1883, lorsque l’ostréiculteur Martin Pivert fait bâtir, au lieu-dit Sourdouille, la toute première cabane sur pilotis pour surveiller ses parcs à huîtres sans dépendre des marées. Mais voici un détail que peu d’articles rectifient : les deux cabanes que l’on photographie aujourd’hui, aux volets rouges et blancs, ne sont pas les héritières directes de cette cabane ostréicole. Celle-ci est emportée par une tempête en 1943.

Ce sont ensuite deux habitants du Bassin, le charpentier René Landry en 1945-1946 puis l’entrepreneur Hubert Longau en 1948, qui font construire ces deux nouvelles cabanes comme simples résidences de villégiature, sans lien avec la surveillance des huîtres.

Leur usage d’origine importe finalement peu pour la navigation : qu’elles aient été un poste de guet ou une maison de vacances, les Cabanes Tchanquées ont toujours fonctionné comme un amer artificiel au beau milieu d’un espace mouvant.

Pour un marin connaissant le Bassin, apercevoir leurs silhouettes au loin, marée haute ou marée basse, c’était retrouver un point familier au cœur d’un paysage qui, lui, ne cesse de se transformer.

Une lecture intime du Bassin : mémoire, marées et bancs de sable mouvants

Les amers suffisaient à se repérer près de la côte, mais ils ne réglaient pas le vrai défi du Bassin d’Arcachon : la traversée des passes.

Ce goulet de 3 kilomètres de large, entre l’océan et le Bassin, est aujourd’hui encore considéré comme l’un des passages maritimes les plus dangereux d’Europe.

La raison tient à sa géographie mouvante.

Chaque jour, environ 370 millions de m³ d’eau entrent et sortent du Bassin au rythme des marées, générant des courants qui peuvent atteindre jusqu’à 5 nœuds. Combinés à la houle atlantique et à la dérive littorale, ces courants déplacent en permanence les bancs de sable qui bordent les deux chenaux d’entrée : la Passe Sud, entre le banc d’Arguin et la Dune du Pilat, et la Passe Nord, entre le banc d’Arguin et le banc du Toulinguet. Leur tracé change d’année en année, au point que la Passe Sud s’est en grande partie refermée depuis les années 2000, obligeant parfois les chalutiers du port d’Arcachon à débarquer leur pêche ailleurs faute de pouvoir y rentrer.

La différence de profondeur entre l’océan et l’intérieur du Bassin, jusqu’à 25-30 mètres par endroits, ajoute encore aux zones de ressac violent qui se forment dès que le vent forcit.

Pour naviguer en sécurité, les amers visuels ne suffisaient donc jamais seuls.

Le 3 janvier 1904, alors que les passes étaient jugées impraticables par gros temps, 151 marins durent être recueillis en mer après l’abandon de 60 embarcations un épisode resté dans la mémoire locale, heureusement sans perte humaine.

D’autres naufrages, comme ceux du Kangourou ou du Paul Larroque au début du XXe siècle, ont rappelé au fil des décennies la dangerosité de ce goulet.

Il fallait donc ajouter aux amers le coefficient de marée du jour, l’heure de pleine mer, la direction du vent et de la houle, et surtout une connaissance intime, transmise de génération en génération, des zones à éviter.

Aujourd’hui, Croisière Jouvence perpétue cette lecture du Bassin

 

Cette manière de lire le paysage n’a pas totalement disparu.

Elle s’est simplement déplacée du poste de pilotage vers le pont des bateaux de promenade.

À bord d’une pinasse traditionnelle, embarcation à fond plat conçue dès le XVIIIe siècle pour se faufiler entre les bancs de sable du Bassin, une sortie en mer permet encore de comprendre pourquoi ces repères ont façonné toute une histoire maritime locale.

Depuis l’eau, on redécouvre ainsi, avec un œil différent, le phare du Cap-Ferret qui veille sur l’entrée des passes, la silhouette changeante de la Dune du Pilat, les Cabanes Tchanquées posées au milieu de l’Île aux Oiseaux, et les jeux subtils de courants et de bancs de sable que seuls les marins du cru savaient autrefois déchiffrer.

Une façon de comprendre que, bien avant le GPS, le Bassin d’Arcachon était déjà une carte à ciel ouvert, à condition de savoir la lire.

FAQ : la navigation avant le GPS sur le Bassin d’Arcachon

Comment les marins faisaient-ils avant le GPS ?

Ils combinaient plusieurs méthodes : la navigation à l’estime, la position du soleil pour garder un cap, la sonde pour mesurer la profondeur, des cartes marines régulièrement mises à jour, et surtout le repérage d’amers, des points fixes reconnaissables depuis la mer.

Qu’est-ce qu’un amer en navigation ?

Un amer est un point fixe et identifiable sans ambiguïté, visible depuis la mer, qui permet à un navigateur de se positionner ou de tenir un cap. Il peut être naturel, comme une dune ou un rocher, ou artificiel, comme un phare, un clocher ou une cabane.

Quels sont les principaux amers du Bassin d’Arcachon ?

Le phare du Cap-Ferret, la Dune du Pilat et les Cabanes Tchanquées de l’Île aux Oiseaux restent les trois repères les plus emblématiques, complétés localement par quelques clochers et bâtiments remarquables visibles depuis l’eau.

Depuis quand existe le phare du Cap-Ferret ?

Le premier phare est mis en service en 1840. Détruit par les troupes allemandes en 1944, il est reconstruit à l’identique et inauguré le 7 août 1949, avant d’être automatisé en 1995.

Peut-on encore observer ces repères depuis un bateau aujourd’hui ?

Oui : une sortie en pinasse sur le Bassin permet de longer ou d’apercevoir le phare du Cap-Ferret, la Dune du Pilat et les Cabanes Tchanquées en un seul trajet, en profitant en plus des explications d’un skipper connaissant le Bassin.

 

Envie de voir ces repères historiques depuis l’eau ? Embarquez à bord d’une pinasse cruiser avec Croisière Jouvence pour une sortie commentée sur le Bassin d’Arcachon, entre phare du Cap-Ferret, Dune du Pilat et Cabanes Tchanquées.